Radian… écoute

Le dernier album de Radian fait partie de ceux pour lesquels il faut prendre du temps… Du temps pour écouter, ré-écouter. Pour se relancer dans sa disco- thèque et lancer des ponts, des alliances virtuelles, des correspondances… Cinq ans ont passé depuis… Radian nous revient avec un disque aussi dense que déstabilisant, intense qu’important. De Chimeric, je n’ai, sans doute, apprivoisé pour le moment que quelques séquences. Il y a dans la musique de Radian de ces silences dont on ne comprend le sens que plus tard. Une première perception qui laisse cependant déjà place à une conviction ; il s’agit d’un album singulier et une étape importante pour le groupe.

Le propos est sombre. La composition est théâtrale. Mais point ici d’emphase, de noirceur mélancoli- que ou poétique. La présentation a un côté brut. À l’inverse des albums précédents, la musique se fait plus épaisse, plus rythmique. Coupage et juxtaposi- tion des abondantes séances d’improvisations… Sans compromis, les crépitements, les variations d’intensité sonore, les cordes cassées des guitares se marient pour une mise en scène rationnelle. Chimeric sonne comme un constat. Il est brut, brisé.

Une rupture de ton, comme une étape nécessaire pour quitter une «routine»… Une rupture comme une alerte. Un furieux tonnerre gronde, la batterie se fracasse… «Git cut noise», premier morceau, nous fait entrer d’un pas plutôt hardi dans les ténèbres. Des rythmes multipliés par effet de couches. Les unes sur les autres. Pour disparaître dans le chaos et retourner dans les structures scintillantes dans l’instant suivant. Le vent souffle, les vagues mugissent. À travers un couloir de percussions métalliques ou dans les méandres d’une véritable transe rituelle ciselée d’écorchures numériques.

Un album évoluant dans une forme narrative et se déplaçant dans différents paysages et dans ses alentours. Un résultat dont la richesse se cache dans son instabilité, mêlant à la fois The Drift de Scott Walker et Einsturzende Neubauten… Un album trou noir, un album d’instruments changés en porte-voix. Une fuite, une course contre les élé- ments.

Chimeric est un album qui ne parle que de son temps (un avion passant dans le ciel orageux de «Chimera» suivi d’une tornade de feu). À ce stade… Chimeric est avant tout un album à ne surtout pas rater.

RADIAN « CHIMERIC » (Thrill Jockey)

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