Philippe Petit

En 1974, un Philippe Petit accomplissait l’exploit de traverser sur un câble l’ espace qui séparait les Twin Towers de New York. En 2010, le Philippe ici en question a bien l’intention que ce soit son année. C’est que le monsieur est pour le moins prolifique.. voir boulimique. Depuis qu’il a appuyé sur la touche « Pause » de son label Bip_Hop, on ne compte plus les collaborations et ces derniers mois les albums.. Trois en deux mois, pour passer l’été . Certes, Philippe n’en est pas à son coup d’essai en solo ou en équipe (Strings Of Consciousness). Ni à sa première commande ou featuring, lui qui a eu la bonne idée de faire un album offert par le magazine Wire pour fêter l’anniversaire de sa structure, d’inclure  » & friends » dans certains titres de ces albums .. On arrête le name-dropping, après avoir cité dans l’exercice du remixes ou de la collaboration Mira Calix, Rothko, Scanner, Kammerflimmer Kollektief, Lydia Lunch, James Johnston, Graham Massey, Bela Emerson, Jérôme Paressant, Alexander Bruce ou Raphaelle Raniaudo, ou encore dernièrement la collaboration avec l’artiste italien multi-média et compositeur Pietro Riparbelli .. Stop ! Reste que tous ces gens ne sont pas là par hasard. Avec ces trois derniers albums, Philippe propose trois approches, joue le grand écart, le funambule .. Jazz expérimental, composition avant-garde ou electro acoustique plongée dans les méandres ambient , son travail s’articule entre l’électronique et les platines, se frotte
au piano à la basse aux percussions, ou scintille sur l’ arché d’un violon ou d’un violoncelle. Sur « A scent of Garmambrosia » , c’est une invitation à la pénombre, à la ballade nocturne. On imagine quelques recoins inquiétants (sans y aller), on devine les vents maître de bois. En ombre magistrale, la tête d’un cerf.. en lévitation le coeur d’une biche. En contre-bas, Svarte Greinier, Mokuhen et les grands chênes de l’électro-acoustique. Un très bel album bercé par la lueur de la lune.  » The Haunting Triptych » est plus sombre, dense. On s’égare, on veut se faire peur .. Drones ambiant et textures sonores élaborées à partir de signaux radio, tourne-disques et manipulations de verre, on reste coller à la terre gluante. On est au milieu d’un marécage et on se demande bien , si quelqu’un passera dans le coin. S’il faut se faire violence pour ne pas déguerpir en ses premiers jours de grand soleil, une telle maîtrise de l’arrangement & de l’ambiance laisse admiratif. « Silk Screened » est plus abrasif. On quitte la pénombre forestière, pour un voyage en plein soleil. Le cerveau chaud comme un fer à cheval.. Clarinette basse, saxophone, trompette, les ambiances jazz éblouissent par ricochet, soufflant dans les cuivres comme sur un brasier. Intriguant, ambitieux, mais je préfère rester à l’ombre

Philippe Petit & friends « A scent of Garmambrosia » (Aagoo Record)
K11 / Pietro Riparbelli & Philippe Petit  » The Haunting Triptych » (Boring Machines)
Philippe Petit & friends « Silk Screened » (Trace recordings)