ESSMAA … album de la semaine

ESSMAA … ÉCOUTE CHEZ MOUVEMENT.NET

Posted by essmaa on November 2, 2010 · Leave a Comment (Edit)
DISQUE DE LA SEMAINE Magazine MOUVEMENT : Compilation ESSMAA
Label/distributeur : Tsuku Boshi

http://www.mouvement.net/cddelasemaine-216464-compilation-essmaa

Passerelle électroniquement ouverte entre la Tunisie et l’Occident, le projetESSMAA renvoie autant à la richesse des sonorités de l’une qu’au sens des mutations sonores de l’autre. Une rencontre fusionnelle et multidirectionnelle pour un projet inscrit dans un programme plus large de valorisation et d’échange, à l’intérieur duquel l’auditeur est convié à investir un énigmatique entre-deux.
C’est dans le cadre du programme E-Fest – une plate-forme de création et de programmation consacrée aux musiques et cultures électroniques, visant à promouvoir les cultures émergentes et les pratiques artistiques innovantes en Tunisie, initiative soutenue par des structures comme Transcultures/City Sonics – que la compilationESSMAA a vu le jour. Parti sur place pour y collecter de la matière sonore, le compositeur Aymeric de Tapol a retrouvé in situ ses habitudes de preneur de son cinématographique pour extraire une essence hautement volatile, qu’il a ensuite confiée à un parterre d’agiles manipulateurs. La simple lecture des noms des participants rend immédiatement compte de l’ambition d’un projet où se croisent musiciens électro/techno confirmés (Scanner, Dj Olive, Sutekh, Hypo, O.Lamm, etc.), ciseleurs électro-acoustiques raffinés (Nicolas Bernier, Leafcutter John, Sébastien Roux, etc.), mais aussi artistes hybrides d’obédience multimédia (Rainier Lericolais, Félicia Atkinson, Christophe Bailleau, etc.). D’emblée, la liberté de ton apparaît comme la caractéristique première du projet.ESSMAA – qui signifie « écouter » en arabe – prend la forme d’un véritable chassé-croisé en clair-obscur, qui franchit allégrement la Méditerranée. De fait, ESSMAA se situe de part et d’autre du rivage. Du côté tunisien, émanent des colorations sonores suggestives, des bribes de musiques, de chants religieux et des accents colorés, des respirations de villes ou de médinas transpirantes. Du côté occidental, ressort une mise en forme électronique truculente, corrosive parfois, intrigante le plus souvent, au travers de manipulations synthétiques et de ses traductions rythmiques.
Les humeurs musicales s’avèrent fréquemment changeantes, balisant les frénésies incontrôlées d’un Dino Felipe ou l’électro-pop caustique d’un Yvat, la session harsh click’n’cuts de Shinigami San, le dark-ambient rampant de Yannick Franck ou l’ambient plus méditatif d’Alexander Rishaug, d’I8U ou de Félicia Atkinson, chez qui les chuchotements de voix de Dramatic Sunset (en écoute) évoquent l’éternel amoureux du soleil qu’était Luc Ferrari. Chez certains, les scènes de rue transparaissent avec plus d’impact (Radio Mentale, Rainier Lericolais), une certaine tension volumétrique (Nicolas Bernier) se fait sentir, ou à l’inverse une retenue à la fois cathartique et cathodique (Rainier Lericolais). Chez d’autres, la traduction sensuelle épouse un rythme à la lenteur plus dub (Stéphane Kozik), voire à la lourdeur manifeste (le dubstep de DJ Elephant Power, les drones urbaines de Discipline ou les ellipses vrombissantes de Julie Rousse/Gabriel Hernandez et de Leafcutter John). L’humour n’est pas absent (les rondeurs rigolardes du Uské Orchestra), de même qu’un certain lyrisme (Christophe Bailleau et son Ouverture-ciel 1 mirifique). Aymeric de Tapol livre, pour sa part, l’un des meilleurs arrangements du disque, sa pièce Taxiste 1 (en écoute) semblant nous embarquer dans une virée mécanique et sonique en terre inconnue.
C’est bien là tout l’attrait de ce double album passerelle : ni tout à fait d’un côté, ni totalement de l’autre, le salon d’écoute ESSMAA délimite un entre-deux révélateur, où ce qui s’entend ne se dévoile vraiment qu’à travers celui qui l’écoute. Une belle définition musicale de l’ouverture au sens large, par le biais de l’expérience du son et du métissage approfondi.
Laurent Catala
En écoute sur le site Aymeric de Tapol & Felicia Atkinson