David Sylvian… écoute

Six ans après Blemish, David Sylvian sort son nou- vel album, Manafon, conçu le long de trois sessions étalées de 2004 à 2007, entre Vienne, Tokyo et Londres. Un album qui tient de la pêche miracu- leuse, concrétisation d’une série d’improvisations accompagnant un processus d’écriture automati- que…

Manafon sonne comme un jeu de piste construit sur un mille-feuille de sensations, d’improvisations. Mul- tipliant les effets et les jeux de matières, la musi- que fragile révèle un espace en apesanteur, brume de souvenirs et brillance d’explorations sonores. Une matière souvent très peu dense. Une matière expérimentale, rencontre d’éléments acoustiques et de machines, de technicités et de pratiques atypi- ques.

On imagine, dans la pénombre du studio, les invités confectionnant, comme des artisans, ces composi- tions bancales et pourtant si naturelles. Ont ré- pondu notamment à l’appel Keith Rowe, Christian Fennesz, Otomo Yoshihide, Sachiko M, Evan Parker ou encore Marcio Mattos… Figure du free jazz, électronicien reconnu, turntablism pour musiques d’avant-garde…

«Au début, je n’étais pas certain si ou comment cela allait fonctionner dans la pratique, mais après les premières séances, qui ont été enregistrées à Vienne en 2004, et qui ont entraîné un certain nombre de pièces que vous trouverez sur Manafon, je savais que j’avais déterré un échange qui pour- rait donner des résultats fascinants» écrivait derniè- rement David Sylvian dans une interview. Car là est le secret de l’homme. Sa voix n’est que «son accro- che cœur». En regardant sa discographie, on com- prend que sa démarche est avant tout musicale,

avec ses moments intemporels et ses erreurs. Mais qu’importe… À ce titre, les premières minutes feutrées de l’album figurent comme l’heureuse promesse d’un disque totalement intemporel. Sur une mélodie flottante, irradiée par des effets numériques mutins, la voix de David Sylvian s’avance sur un banc de loops éva- porés. Mais, même si sa voix lui suffirait à construire un disque, David ne tombe pas dans la redite et la facilité. Il l’utilise ici comme une char- pente,structurantdesbribesdemélodiespourlaisser la musique libre. Sans aucunes règles relevant d’un format pop…

Car David Sylvian résiste constamment à la tentation de solder sa musique ou de la revendre simplement sous un nouvel emballage. Il parvient même à pro- poser ici une nouvelle trajectoire convaincante. Cohérente dans son cheminement initié avec Blemish mais déjà différente. Un disque, sans aucun doute, aussi important que le fut Secrets of the Beehive en son temps.

L’album est disponible également dans une version coffret comprenant le CD, plus un DVD présentant un documentaire, Amplified Gesture, consacré aux «coulisses» de l’album et donnant la parole aux musiciens qui y ont participé. Le coffret est com- plété par deux livres, l’un traitant du disque et l’au- tre du DVD. Des œuvres plastiques des artistes Atsushi Fukui et Ruud Van Empel complètent cette édition spéciale

DAVID SYLVIAN « MANAFON » (Samadhisound)

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