ALBUMS E-FEST


ESSMAA


Passerelle électroniquement ouverte entre la Tunisie et l’Occident, le projet ESSMAA renvoie autant à la richesse des sonorités de l’une qu’au sens des mutations sonores de l’autre. Une rencontre fusionnelle et multidirectionnelle pour un projet inscrit dans un programme plus large de valorisation et d’échange, à l’intérieur duquel l’auditeur est convié à investir un énigmatique entre-deux.
C’est dans le cadre du programme E-Fest – une plate-forme de création et de programmation consacrée aux musiques et cultures électroniques, visant à promouvoir les cultures émergentes et les pratiques artistiques innovantes en Tunisie, initiative soutenue par des structures comme Transcultures/City Sonics – que la compilationESSMAA a vu le jour. Parti sur place pour y collecter de la matière sonore, le compositeur Aymeric de Tapol a retrouvé in situ ses habitudes de preneur de son cinématographique pour extraire une essence hautement volatile, qu’il a ensuite confiée à un parterre d’agiles manipulateurs. La simple lecture des noms des participants rend immédiatement compte de l’ambition d’un projet où se croisent musiciens électro/techno confirmés (Scanner, Dj Olive, Sutekh, Hypo, O.Lamm, etc.), ciseleurs électro-acoustiques raffinés (Nicolas Bernier, Leafcutter John, Sébastien Roux, etc.), mais aussi artistes hybrides d’obédience multimédia (Rainier Lericolais, Félicia Atkinson, Christophe Bailleau, etc.). D’emblée, la liberté de ton apparaît comme la caractéristique première du projet.ESSMAA – qui signifie « écouter » en arabe – prend la forme d’un véritable chassé-croisé en clair-obscur, qui franchit allégrement la Méditerranée. De fait, ESSMAA se situe de part et d’autre du rivage. Du côté tunisien, émanent des colorations sonores suggestives, des bribes de musiques, de chants religieux et des accents colorés, des respirations de villes ou de médinas transpirantes. Du côté occidental, ressort une mise en forme électronique truculente, corrosive parfois, intrigante le plus souvent, au travers de manipulations synthétiques et de ses traductions rythmiques.
Les humeurs musicales s’avèrent fréquemment changeantes, balisant les frénésies incontrôlées d’un Dino Felipe ou l’électro-pop caustique d’un Yvat, la session harsh click’n’cuts de Shinigami San, le dark-ambient rampant de Yannick Franck ou l’ambient plus méditatif d’Alexander Rishaug, d’I8U ou de Félicia Atkinson, chez qui les chuchotements de voix de Dramatic Sunset (en écoute) évoquent l’éternel amoureux du soleil qu’était Luc Ferrari. Chez certains, les scènes de rue transparaissent avec plus d’impact (Radio Mentale, Rainier Lericolais), une certaine tension volumétrique (Nicolas Bernier) se fait sentir, ou à l’inverse une retenue à la fois cathartique et cathodique (Rainier Lericolais). Chez d’autres, la traduction sensuelle épouse un rythme à la lenteur plus dub (Stéphane Kozik), voire à la lourdeur manifeste (le dubstep de DJ Elephant Power, les drones urbaines de Discipline ou les ellipses vrombissantes de Julie Rousse/Gabriel Hernandez et de Leafcutter John). L’humour n’est pas absent (les rondeurs rigolardes du Uské Orchestra), de même qu’un certain lyrisme (Christophe Bailleau et son Ouverture-ciel 1 mirifique). Aymeric de Tapol livre, pour sa part, l’un des meilleurs arrangements du disque, sa pièce Taxiste 1 (en écoute) semblant nous embarquer dans une virée mécanique et sonique en terre inconnue.
C’est bien là tout l’attrait de ce double album passerelle : ni tout à fait d’un côté, ni totalement de l’autre, le salon d’écoute ESSMAA délimite un entre-deux révélateur, où ce qui s’entend ne se dévoile vraiment qu’à travers celui qui l’écoute. Une belle définition musicale de l’ouverture au sens large, par le biais de l’expérience du son et du métissage approfondi.
Laurent Catala Mouvement magazine


TUNIS


« Tunis » est né du partenariat associant Gummi Gumi au projet E-FEST à Carthage et Tunis. Leafcutter John y fut invité pour effectué un live en forme de clôture du festival FEST avec une contraintes : utiliser une matière sonore capturée pendant toute la durée du festival. Une conclusion sonore que l’on retrouve sur cet album construit à partir de l’enregistrement de la prestation.
Ce n’est pas pour autant un enregistrement live, mais un véritable nouvel album. C’est une belle surprise .. La moitié des titres prennent une approche légèrement grattées avec un chant folklorique ou religieux. L’autre moitié présente des compositions plus éprouvées numériques prenant leur source dans la musique concrète. Ces oppositions musicales s’emboîtent mais le mélange fonctionne absolument parfaitement, chaque piste mélange magie et histoire onirique. Avec ce nouvel album Leafcutter John confirme pleinement son statut de musicien averti et curieux, virevoltant entre son temps plein dans le groupe de jazz contemporain Polar Bear et sa collection d’instruments inhabituels. Il nous offre ici un album unique, inventif , carte postale de son séjour à Tunis .

TSUGI

Compilation ESSMAA (Tsuku Boshi/A-musik/Toolbox)

L’idée de cette compilation réalisée par le label Tsuku Boshi est née d’une volonté de confronter des artistes à une matière sonore venue d’ailleurs. Après un voyage en Tunisie en 2009, l’artiste et preneur de son Aymeric de Tapol revient avec une quantité importante d’enregistrements sonores puisés dans le quotidien des villes de Tunis et de Carthage. C’est à partir de ces bouts de réel que vont travailler une trentaine d’artistes. Parmi les artistes qui se sont prêtés à ce voyage immobile et aveugle, on peut retrouver Dino Felipe, Radiomentale, O Lamm, DJ Elephant Power, Lodz, David Sanson et bien d’autres encore. Grâce à cette sélection d’artistes très diversifiée, l’écoute de ce double CD se révèle en permanence surprenante. Chacun réinterprète librement et avec une approche originale ces paysages sonores.

CUT MAG

Leafcutter John: Tunis
Tsuku Boshi Records

The title of Leafcutter John’s Tsuku Boshi album was inspired by a visit John Burton, the UK-based producer known for his multiple Planet Mu releases (his first Leafcutter John full-length, Concourse EEP, appeared on Mike Paradinas’s label in 2000), made to the Tunisian capital where a live show was presented based on recordings compiled during his stay; after the recorded show underwent some studio polishing, the wide-ranging set now arrives in physical form under the Tunis name. Some hint of the geographical locale comes through in the exotic string sounds that occasionally wend sinuous paths through the album’s seven pieces.

The aptly titled, “A Slowly Growing Beautiful,” opens the album gently with six minutes of folktronic splendour featuring murmuring curlicues of harmonium and peaceful strands of acoustic guitar picking. “Palm Reader,” on the other hand, plunges deeply into a lamentation where Burton’s mournful wails resound amidst a backdrop of percussive clatter and musette-like calls. Combustible rolls and rattles collide throughout the piece, which instrumentally evokes the violent exchanges one might encounter at a war-torn region. The material then veers into bold musique concrete territory where tightly packed cornucopias teeming with bells, acoustic guitar flutter, percussive noise, electric guitar stabs, electronics, and string instruments aggressively commingle (“Introduction in the Wrong Place,” “Melime_lon”). “Polysomnogram” explorative experimental setting that oscillates between hyperactive and peaceful moments, with the latter especially coming to the fore during a vocal episode where Burton intones “I’m sleeping.” Whether in fact the software was involved in the execution of the album’s material, some of it—the closer “Ohm Ymy,” for example—exemplifies the shape-shifting, collagistic character of a Max/MSP production. Tunisserves as a succinct document of Burton’s highly personalized style, one that sees him merging acoustic folk and electro-acoustic into a bold and idiosyncratic hybrid.December 2010

Station SErvice Strasbourg

ESSMAA veut dire écouter en arabe. Titre pour le moins évident dans le cadre de cette compilation, matérialisation auditive du projet imaginé par le label Tsuku Boshi dans le cadre du partenariat avec le festival FEST de Carthage.  Délocalisation d’un support sonore existant (enregistrements d’Aymeric de Tapol à Tunis et Carthage en décembre 2009). Décor sonore artificiel, jeu de miroir déformant.. Immersion dans les sonorités locales, trouble de la diffusion ou de la compréhension des brides musicales et des sonorités quotidiennes, les musiciens invités créent un espace en suspension, leur espace d’interprétation. Plus vraiment « ici » (le lieu d’enregistrement, le lieu de vie des auditeurs auxquels ce disque sera offert), mais certainement pas « là-bas » (le lieu de composition des musiciens). Une intrusion externe pour une relecture du quotidien. Une prise de conscience de l’environnement sonore immédiat , de son atmosphère et de son impact.. Et au-delà de cela, un éventail de découvertes musicales par la sélection des artistes proposées. Car le tracklisting attire forcément la curiosité. Et elle n’est pas déçue par ces trente morceaux iconoclastes, constitués de bric et de broc électronique, d’artisants synthétiques et d’artistes de référence (Scanner, Leafcutter John, Dj Olive, O Lamm ),  de sonorités à la fois familières et dépaysantes. Dans ces home-studio pop-modernes, ordinateurs, instruments et périphériques divers côtoient les objets de la vie quotidienne, les enregistrements qui en résultent apparaissant comme des journaux intimes, typiques d’un parcours de vie à la fois personnel dans l’interprétation et universel dans les sensations. Double album de pop folk electro ambient noise entre Nantes et Miami, Bruxelles et Londres, Los Angeles et Paris. On y trouve des pop songs de poche, des effets dub de très bonne facture (Discipline,Felicia Atkinson) des effluves mélodiques d’un ambient nostaligue (Yannik Frank, I8U), des refrains dubstep (Dj Elephant Power) qui restent en tête. La dérision est parfois de mise ( Hypo, Dj Sun Papa) ou la confrontation de genres (Dino Felipe, EDH, Nicolas Berbier). Certains morceaux plus intimistes ou expérimentaux  (comme Sebastien Roux, Paradise Now, Sutkeh, Lodz, Rainier Lericolais, Mokuhen, Alexander Rishaug ou Mathias Delplanque)  sont particulièrement réussis.   Dans une logique nomade, les musiciens se baladent parmi les interstices de l’underground ou du souk, sollicitant quelques appels à la prière ou  quelques amis pour donner corps à leur « vision arabique ». Les approches sont différentes, les exploitations et interprétation également. Loin d’écorner son identité, cette approche tout azimut offre à cette compilation une cure de jouvence salutaire chatouillant et vrillant l’oreille avec une constante relecture sans répétitions.